Avec un slogan comme “Utah, Life Elevated” inscrit sur un fond d’image d’un skieur en pleine action, l’État avait déjà quelques uns des éléments nécessaires pour me conquérir. Notre séjour dans cet état s’annonçait déjà prometteur! C’est certain qu’on avait certaines appréhensions quant au Utah, entre autres avec tout ce que l’on avait appris lors des Jeux Olympiques (quels outils de promotion ou de propagande ces événements internationaux!). Par exemple, on s’était assurés d’avoir assez de provisions de bouteilles de vin avant d’entrer sur le territoire puisque la vente d’alcool y est relativement restrictive. Aussi, on savait qu’on pénétrait dans le pays des Mormons ou, en fait, ce que l’on appris plus tard, des adeptes de l’Église de Jésus-Christ, des Saints, des derniers jours (Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints en anglais). On a réalisé qu’un de ses temples est construit à Longueuil près du fleuve, on passe devant fréquemment sans s’en rendre compte!

Notre route nous mène vers Salt Lake City et notre camping, le Pony Express, situé à quelques kilomètres au nord de la ville. Un peu fatigués de nos dernières semaines, nous en avons profité pour nous reposer un peu. Ouvert depuis quelques mois seulement, le camping est impeccable. Chaque site doté d’une entrée asphaltée offre tous les services nécessaires pour du vrai camping de luxe. D’autant plus qu’on y retrouve une piscine chauffée à 95 degrés, un immense terrain de jeux pour enfants ainsi que des douches 5 étoiles avec au moins cinq crochets pour nos effets personnels, un record! (Voir l’anecdote sur les douches).

Notre seule visite dans la ville fut destinée à faire le tour du temple des Mormons. Dès notre arrivée sur le site, nous avons été accueillis par Sœur Charland, une jeune fille d’une vingtaine d’années, de Gatineau au Québec et sa complice, une Suissesse. On savait qu’il était possible d’effectuer une visite guidée des lieux avec des sœurs mais nous sommes surpris de notre chance de tomber sur la seule québécoise sur les 140 missionnaires venant de quelques 40 pays dans le monde! Une excellente opportunité de poser toutes les questions désirées à propos de cette religion que nous connaissons peu et surtout, ce qui peut inciter une jolie jeune femme comme notre guide à devenir sœur! La réponse à cette dernière question est simple, semblerait que le titre de ‘sœur’ ne soit que temporaire chez les Mormons et pour Sœur Charland et toutes celles qui sont en mission au temple de Salt Lake City, le ‘stage’ est d’une durée de 18 mois. Ensuite elles retournent chez elles et poursuivent leurs études et, éventuellement, fondent une (souvent grande) famille. Elles continuent ensuite leur cheminement religieux en s’impliquant dans leur communauté. Toutes les missionnaires-guides sont de jolies demoiselles très souriantes et nous accueillent toujours en duo. Le temple de Salt Lake City, quartier général de la religion, est l’un des lieux de ‘pèlerinage’ possible pour les jeunes filles mais elles peuvent aussi être envoyées en mission un peu partout à travers le monde ce qui donne d’ores et déjà, un côté intéressant. Elles ont ainsi l’occasion de visiter et de vivre dans un autre pays au lieu d’être confinées à leur village. Somme toute, il s’agit d’un système fort bien organisé, les lieux sont superbes et paisibles, la doctrine semble similaire à celle de la religion catholique, les jeunes filles-guide sont très sympathiques, souriantes, accueillantes et éloquentes (nous les avons même qualifiées de jeunes-guides-missionnaires-enjoleuses). Le concept est convaincant et nous en conserverons un bon souvenir.


Zion National Park
Nous quittons ensuite notre douillet et luxueux camping en direction du Zion National Park qui se situe à environ 7 heures de route au Sud. Après avoir passé 5 jours dans le parc national de Yellowstone au Wyoming (voir le billet sur le sujet) et avoir été complètement renversés par les phénomènes naturels qui s’y trouvent, nos attentes étaient peu élevées pour les quatre parcs nationaux qui nous attendaient au Utah. Et de fait, qui a déjà entendu parler de Zion National Park, de Bryce Canyon National Park, Arches National Park (peut-être le plus connu?) ou de Canyonlands National Park. En tout cas, moi je ne les connaissais pas avant de les voir sur notre itinéraire. J’avais bien hâte de découvrir ce qui s’y cachait et pourquoi ces territoires ont été choisis par le gouvernement américain afin d’être protégés. Surtout aussi, je me demandais bien ce qui pouvait nous faire faire un important détour dans notre itinéraire de retour. Imaginez, les deux premiers parcs sont situés à quelques centaines de kilomètres au nord de Las Vegas, où nous étions du 23 au 26 avril dernier mais à ces dates, c’était trop tôt au printemps, la visite de ces parcs aurait été menacée par la possibilité de précipitations de neige. À ce moment, nous avions plutôt opté pour le passage à travers Death Valley National Park. Donc, plus d’un mois plus tard, après avoir visité la Californie, l’Oregon, le Montana et j’en passe, nous sommes de retour tout près de Las Vegas en direction du Zion National Park…
On ne se doutait pas de la beauté du parc et de l’extravagance de la nature qu’on y retrouve. Zion National Park est un canyon peu large (maximum 2 kilomètres de large) que l’on peut visiter à partir d’en bas, en suivant la rivière. On se sent vraiment minuscules devant l’immensité des rochers de part et d’autres de la route. Les rochers sont fait de ‘sandstone’ qui est, en fait, du sable compressé. À quelques endroits, des sources d’eau jaillissent de la roche, cette eau, d’une pureté exceptionnelle, mettrait plus de 1000 ans à se faire un chemin entre les grains fins des rochers avant de sortir, littéralement et à l’horizontal, de la roche. Ailleurs sur la route, les rochers semblent avoir été coupés à l’aide d’un couteau tellement ils sont abruptes et lisses, des pans de murs de plusieurs centaines de mètres. Parait que c’est le paradis des alpinistes. C’est tout à fait magique et, intimidant à la fois.


À la période à laquelle nous avons visité, il est interdit de faire la route qui dessert le parc (une seule route qui fait l’aller-retour) avec sa voiture personnelle. Il faut emprunter l’un des autobus gratuits qui circule fréquemment entre les points d’intérêt. Ces autobus propulsés au propane sont très confortables et pratiques, laissant toute la liberté aux passagers d’apprécier le paysage, en plus de présenter l’historique et les différents attraits du parc avec une présentation audio tout au long du parcours d’environ 25 km (aller-retour). Fait intéressant, on peut accrocher son vélo devant l’autobus à n’importe quel moment pour raccourcir son trajet sur deux roues. Pour ma part, j’ai pu m’évader du reste de la famille vers 20 h un soir et ai sauté dans le premier autobus avec mon vélo. Arrivée au bout de la route (qui est aussi en haut!), j’ai repris mon bicycle pour redescendre jusqu’en bas avant que la noirceur arrive. La route était complètement déserte, outre les chevreuils qui broutaient leur souper.


Plusieurs randonnées sont accessibles à partir de la route et le journal offert à l’entrée du parc les présentent une à une en les qualifiant selon le degré de difficulté du parcours. Nous en avons fait deux : celle pour rejoindre les ‘lower’, ‘middle’ et ‘upper’ ‘pools’, et une autre, très courte, pour voir la ‘weeping rock’. Claude, pour sa part, a aussi fait une partie de la ‘River Walk’, celle qui se trouve au bout du canyon où la route se termine et seuls les piétons peuvent poursuivre.
Claude et moi avons aussi profité de la Virgin River, la rivière qui arrive du canyon, en descendant bien assis dans une chambre à air; du rafting individuel! La descente à cette période de l’année, vu le débit d’eau, dure environ 1 heure pour faire les 3 kilomètres avant le point d’arrivé où les organisateurs viennent nous recueillir en mini-van. En plein été, la descente dure 2 heures. Du pur bonheur!

Bryce Canyon National Park
À partir de Zion National Park, on peut passer à travers un tunnel dans les montagnes pour s’éviter une bonne centaine de kilomètres afin de se rendre du côté de Bryce Canyon National Park. Au total, nous avons mis environ 2 heures pour faire la route. Ce qui est impressionant avec ce parc est que l’on peut voir une bonne partie du canyon à partir du stationnement. Encore une fois, nous sommes complètement renversés par ce que nous voyons. Des paysages qu’on n’a réellement jamais vus auparavant et qu’on ne se serait jamais imaginé. Comme pour les geysers bouillonnants à Yellowstone, on a l’impression de se retrouver dans un décor de film de science fiction, sur une autre planète ou dans le carré de sable de géants qui se sont amusés à faire des châteaux avec du sable mouillé. Notre baluchon prêt et nos gourdes bien remplies (c’est le désert ici et ils recommandent de boire 1 gallon – 4 litres – d’eau par jour par personne), nous sommes fin prêts pour attaquer ce qu’ils disent être ‘la plus belle randonnée de 3 miles au monde’. Une descente douce nous emmène au cœur de ces châteaux de sable qu’on appelle des Hoodoos pour ensuite remonter de l’autre côté. Je dirais effectivement qu’il s’agissait de ma plus belle randonnée à vie, d’autant plus que Bébé Évelyne s’est très bien comportée dans le porte-bébé ventral malgré la chaleur et que Marianne a réussi la randonnée sans trop de difficulté.


















Le lendemain, j’ai encore une fois délaissé le reste de la famille pour me faire plaisir et effectuer une randonnée plus costaude. Dès 8h du matin, j’étais assise dans l’autobus (pas obligatoire pour se déplacer dans le parc comme à Zion mais optionnelle et pratique dans ce cas où j’ai pu laisser le reste de la famille se reposer un peu au camping!). J’ai entrepris les 13 kilomètres de la Fairyland Loop Trail vers 8h 45 pour la terminer 3 heures plus tard complètement émerveillée par cette nature extravagante et aride. Marcher seule sous les chauds rayons du soleil et ne rencontrer que quelques badauds sur ce sentier tout droit sorti d’un conte de fée (comme son nom l’indique) fut une expérience exceptionnelle que je ne suis pas prête d’oublier. Je qualifierais cette randonnée comme étant ma deuxième plus belle randonnée à vie… après celle de la veille avec toute la famille!
Quelques centaines de kilomètres séparent les deux premiers parcs (Zion et Bryce) des deux suivants (Arches et Canyonland). Sur la route, la 70, nous en avons vu de toutes les couleurs, réellement! Partis en shorts et en t-shirt de notre escale d’une nuit à Monroe où nous nous sommes laissés tremper dans les bains d’eaux minérales de Mystic Hot Springs (voir autre billet), nous avons roulé, entre autres, sur un tronçon de route de plus de 100 miles (160 kilomètres) où aucun service n’était disponible. Sur cette route, nous sommes montés à quelques 8000 pieds d’altitude où la pluie qui déferlait depuis quelques kilomètres s’est soudainement transformée en neige, balançant deux voitures devant nous dans le champ. Ensuite, la pluie s’est intensifiée et les éclairs se sont mis de la partie nous offrant un spectacle à grand déploiement, tout à fait magique jusqu’au moment où la foudre/boule de feu est tombée à quelques centaines de mètres de nous et que j’ai réalisé qu’on était en plein milieu de champs à perte de vue et qu’avec nos 11 pieds de haut dans cette belle plaine on était une cible intéressante pour un prochain survoltage! Le retour du soleil et une descente de plusieurs miles entre des canyons d’un rouge exceptionnel nous ont fait oublier toutes les péripéties des dernières heures!
Arches National Park
Le parc national des Arches est situé tout près de Moab (Utah), une ville complètement plein air, prisée entre autres par les amateurs de rafting (sur la Green River), de vélo de montagne et de véhicules tout-terrain.
Nous avons pris une journée complète pour visiter le parc où l’on retrouve plus de 2000 arches naturelles. Le temps menaçant nous a limité un peu dans nos choix d’excursions et nous visitons les arches que l’on peut voir de la route ou à partir d’un court sentier. C’est dans le stationnement de la plus célèbre des arches, ‘Delicate Arch’ que le déluge nous surprend finalement, nous obligeant à rebrousser chemin de notre mini-randonnée afin de s’armer de nos imperméables et de laisser nos parapluies, inutiles et surtout dangereux avec tout ce vent. Nous y retournerons ensuite à tour de rôle, évitant à Bébé Évelyne la promenade sous une froide pluie!
En quittant le stationnement qui est situé au bout d’un embranchement de route de quelques kilomètres qui se termine en cul de sac, on doit s’arrêter derrière une dizaine de voitures bloquées par une rivière improvisée et soudaine qui envahit la route! Il n’y avait aucune trace d’eau lors de notre passage à l’allée il y a 20 minutes, avant que le ciel nous tombe sur la tête. La pluie a créé un ‘flash flood’ et l’eau est montée d’environ 2 pieds et s’étend sur une largeur d’environ 50 mètres : impossible de traverser! La pluie a cessé mais la crue s’intensifie encore. Tous les occupants des voitures observent la rivière improvisée incrédules de la situation dans laquelle nous nous retrouvons tous. Est-ce que la route a été détruite et emportée? Est-ce que nous pourrons passer avant la nuit? Avons-nous assez de provisions pour survivre? Est-ce que les secours viendront nous sauver en hélicoptères? Voilà plein de questions qui me viennent en tête moi qui est un peu paranoïaque et dont l’instinct de survie me porte à toujours chercher des solutions ou des alternatives lorsqu’un problème survient! C’est environ une heure plus tard, alors que le courant semble diminuer, qu’un des conducteurs, impatient de poursuivre sa route mais surtout du type cowboy avec un pick-up modifié et des pneus surdimensionnés tente sa chance. Il s’agit d’une opportunité parfaite pour tester son 4 X 4 et démontrer à la foule présente toute la force de ses chevaux-vapeur! Il tente le tout pour le tout et prend son air d’allée pour traverser la rivière. Évidemment, nous regardons tous avec beaucoup d’excitation et on se demande s’il réussira l’exploit. Notre épopée serait beaucoup plus extraordinaire à raconter s’il n’avait pas réussi la traversé et s’il s’était fait emporter par le courant mais bon, l’histoire se termine bien et le véhicule réussit à se rendre de l’autre côté de la route, sans trop de difficulté. 15 minutes supplémentaires d’attente avant qu’un responsable du parc vienne nous retrouver, évaluer la situation et nous inviter à traverser la rivière avant qu’une autre bordée d’eau n’empire éventuellement la situation. Après avoir laissé passer tous les autres véhicules et les autres VR, c’est à notre tour de se lancer. Le débit d’eau a considérablement diminué et le Farfadet réussi facilement sa brève épreuve de cross-country. Nous retournons finalement à notre base, un camping au centre-ville de Moab avec une expérience supplémentaire inscrite à notre cahier d’aventure!






Canyonlands National Park
Après avoir fait trois parcs nationaux en trois jours, comment est-ce que ce quatrième parc national pourrait-il nous surprendre à nouveau? Situé à environ 40 km de Moab, sur la route de retour vers l’autoroute 70 que l’on suivra jusqu’au Colorado, Canyonlands National Park est un peu moins populaire que les autres parcs du réseau situés au Utah. En fait, probablement parce qu’il est plus compliqué à visiter puisqu’il comporte quatre secteurs distincts qu’il faut aborder à partir de différentes routes mais aussi parce qu’il est, à première vue, similaire mais, semble-t-il, un peu moins spectaculaire que le Grand Canyon. Les points de vue principaux à partir de la route que nous choisissons sont Grand View et Green River View. En gros, on se retrouve aux abords d’un canyon géant dont l’escarpement parait coupé au couteau. On peine à réellement évaluer les distances mais semblerait qu’il faudrait 12 heures de route en 4 X 4 pour se rendre en bas et rejoindre la rivière. On se rend réellement compte que la nature est grande face à l’Homme et on ne peut qu’être émerveillés, encore une fois, par les phénomènes naturels qui ont façonné ce tableau extraordinaire. Au retour, pendant que Marianne réussissait ses épreuves afin d’avoir droit à son 5e écusson de Junior Ranger, j’ai enfourché mon vieux vélo afin de faire une partie de la route qui m’avait paru agréable à l’allée. Le Farfadet devait me prendre dès qu’il me rattrapait mais j’ai réussi à me rendre jusqu’à l’intersection principale avant que Claude, fort envieux de ma randonné, ait réussi à me rejoindre. En partant du Visitors’ Center, j’ai gravi des vallons ascendants pendant quelques 40 minutes pour ensuite me laisser descendre durant 50 minutes entre les rouges falaises le long de la route, atteignant à quelques reprises la vitesse limite du vieux vélo en question. Une balade en vélo que je ne suis pas près d’oublier!






Voilà notre séjour au Utah dévoilé. Lors d’un prochain voyage à Vegas (il nous arrive d’y aller pour un congrès), nous reluquerons la possibilité de retourner dans nos deux parcs préférés de l’état, Zion et Bryce Canyon National Park qui se trouvent si près.